Abitibi-Témiscamingue

C’est à Rouyn-Noranda, accueillie par l’équipe de l’Association des locataires de l’Abitibi-Témiscamingue (ALOCAT), que notre équipe a mis en place son atelier de médiation culturelle. Nous avons été à même d’entendre des récits de recherche de logement absolument révoltantes. Cliques de propriétaires, listes noires, mépris de la classe politique…

Mais ce qui nous a bouleversé-e-s par-dessus tout, c’est encore et toujours ces enjeux de salubrité, dangereux pour la santé des locataires et de leurs enfants. Un personnage de mère monoparentale est né, bébé sur les épaules, grande fille qui joue au loin, pendant que la mère déclame pour elle-même une lettre à sa fille témoignant de ses inquiétudes.

Nous avons aussi construit une scène presque comique d’une personne qui tente d’appeler au Tribunal administratif du logement, mais qui se retrouve ensevelie sous les démarches administratives, le portail en ligne, les documents requis, le langage inaccessible… et qui abandonne.

Enfin, nous avons entendu une histoire incroyable d’une propriétaire qui, lors d’un conseil municipal, avait pris la parole du haut de sa stature avec manteau de fourrure et grand chapeau, afin d’exposer la TRÈS DIFFICILE réalité des pauvres propriétaires qui sont victimes de leurs locataires… une autre belle opportunité pour la comédie.

Ces improvisations ont été présentées autour de la fontaine de Rouyn-Noranda, afin de partager aux gens de l’ALOCAT ce que leurs témoignages nous avaient inspiré. Un grand merci pour l’accueil et à bientôt!

Rive-Sud

C’est avec beaucoup de sincérité et de candeur que les locataires de Longueuil, Chambly et la Rive-Sud de Montréal nous ont partagé des expériences de harcèlement, de violence et d’intimidation sur fond d’insalubrité et de précarité. Notre équipe artistique voit ce combat vers la dignité comme un ring de boxe à camps très inégaux: c’est David et Goliath.

Un nouveau personnage fait son entrée dans notre univers: celui du concierge-boxeur. Sa présence installe l’aura de peur autour de l’entité propriétaire. Il est en quelque sorte le « bras armé » des puissant-e-s qui n’ont pas le temps (ou ne voient pas l’importance) d’ouvrir directement le dialogue avec les personnes qu’iels logent. Il devient plus simple de faire appel à ces employé-e-s qui héritent ainsi de la tâche ingrate de maintenir les ménages dans des situations vulnérabilisantes, insécurisantes, précarisantes, voire dangereuses.

Si nous avons choisi de verser dans la carricature pour cette improvisation spécifique, il n’en demeure pas moins que l’humanité (ou son déficit) chez ce personnage nous intrigue. Comment peut-on ainsi choisir d’ignorer les besoins criants des ménages qui nous interpellent pour avoir des conditions de vie décentes? Comment peut-on en venir à orchestrer un climat de peur dans tout un bloc?

L’équipe artistique a également été très touchée par la solidarité et l’espoir qui illuminait chaque témoignage, ainsi que la révolte devant des projets de développement immobiliers insensibles et imposants, juste en face de situations pour le moins inacceptables. Nous avons tenté d’explorer l’image du papier, de la rimabelle illustrant la force du nombre, mais aussi la matière papier qui permet une mise en image de ces personnes pliées, chiffonées, déchirées, qui pourrons par résilience reprendre leur forme, mais non sans traces.

Un immense merci à toustes les participant-e-s, ainsi qu’aux comités logement de la Rive-Sud.

Lanaudière

C’est au Musée d’art de Joliette que le comité logement de Lanaudière nous a accueillies pour l’atelier de médiation. En entrant, une exposition-hommage d’art autochtone nous rappelle la tragique histoire de Joyce Echaquan. Un rappel qui ancre notre activité dans la conscience des innombrables niveaux d’oppression et de privilège qui s’arriment à l’enjeu du logement. Dans la région, le taux d’inoccupation est de 0%. Zéro. Ça veut dire que personne ne peut emménager dans un logement, à moins que quelqu’un ne déménage. Plus de rareté que ça, c’est impossible, alors les propriétaires en profitent pour gonfler les loyers, exiger des cautions, refuser les familles… et faire des rénovictions, bien sûr!

Les locataires que nous rencontrons nous en apprennent davantage sur les matériaux inadéquats qui sont souvent utilisés pour construire des appartements, avec comme résultant un manque d’isolation thermique et sonore. Il est aussi question de bon voisinage, ainsi que de démarche auprès des instances institutionnelles pour empêcher une éviction. Au fil des témoignages, on en retient que les gens veulent de la tranquilité, de l’intimité, du silence dans leur chez-soi. La sainte paix, quoi! Ça semble difficile à trouver. Par ailleurs, la menace du déménagement est pesante, qu’il s’agisse d’évictions illégales, de hausses abusives, d’insalubrité, ou encore de communautés toxiques.

Nous choisissons donc d’explorer ce fameux et menaçant camion de déménagement. Avec notre fidèle Bête féroce de l’Espoir, notre bien-aimée van de tournée, nous tentons d’orienter l’improvisation autour de l’élément « camion »: comment créer la bulle d’intimité, et comment transposer les violations de cette intimité, dans l’environnement camion? On pousse un peu plus loin les explorations rythmiques du jam percussif, en utilisant aussi le véhicule comme instrument. La performance improvisée a lieu à Saint-Calixte, devant un complexe immobilier qui voit 40 de ses ménages porter plainte pour une hausse abusive qui est pourtant légale! On aborde donc la question de la mobilisation collective pour faire changer les lois injustes, et la figure de l’État-cowboy, avec son chapeau cheapette et ses discours de mononc’, émerge dans notre univers. Ce qu’on retient très fort de cette improvisation, c’est les craintes et les doutes qui viennent avec cette mobilisation, telle que nous l’ont décrite les membres de cette collectivité. Leurs impressions et leurs commentaires ont grandement enrichi la proposition initiale. Merci au comité Action-Logement de Lanaudière pour ces rencontres percutantes qui on marqué au fer rouge l’écriture de la pièce.

Trois-Rivières

À Trois-Rivières, les loyers peuvent sembler plus bas qu’ailleurs, mais les salaires le sont aussi! Le taux d’inoccupation est alarmant, si bien qu’on nous raconte que la trifluvienne est en train de se transformer en véritable Plateau Mont-Royal. Les conséquences de cette rapide gentrification sont désastreuses.

L’atelier avec le comité logement de la Mauricie s’est tenu en virtuel. Nous avons pu recueillir de nouveaux témoignages, et cette fois-ci, nous avons été frappé-e-s par une histoire en particulier. Il s’agit d’une jeune femme autochtone qui s’est vue harcelée par son propriétaire. Année après année, il la contactait quelques jours avant le premier du mois, pour lui rappeler de payer le loyer, de ne pas aller boire son chèque… des histoires enrageantes de discrimination, de préjugés, de violence, de listes d’attente qui durent dix ans, mais aussi des intervenantes qui posaient la difficile question du sens de leur travail. Comment continuer d’y croire quand le système est si amoché?

Notre improvisation, à la Place Pierre-Boucher (surnommée la Place aux flambeaux) portait donc simplement sur cette impression d’engrenage qui tourne dans le vide, à travers l’image d’un vélo qui n’avance pas, et devant lequel un propriétaire agite une clé au bout d’une canne à pêche, magique et inaccessible, en se donnant tous les droits sous prétexte d’offrir un logement bon marché. Le personnage très important de l’intervenante fait aussi son apparition dans notre univers, par le biais d’une discussion téléphonique entre deux collègues, impuissantes devant un cas qui les touche, mais dont elles devront se détacher, pour ainsi accepter les difficiles limites de leur champ d’action. On commence à expérimenter avec les possibilités mélodiques du jam percussif, et des sonorités du mantra répétitif. Merci aux participantes et au public pour leurs précieux commentaires, ainsi qu’au comité Info-Logis Mauricie. Où est-ce que ça va nous mener, tout ça?